Anca Petre : la jeune prodige qui souhaite restaurer la confiance entre les français et les industries pharmaceutiques

Pourriez-vous vous présenter ? Quelle est votre parcours ? Pourquoi avoir choisi l’Université Paris-Sud ?

Je m’appelle Anca Petre, j’ai 23 ans et je suis actuellement étudiante en 5ème année de Pharmacie à l’Université Paris Sud. Après avoir vécu en Roumanie, en Espagne et en Suisse, j’ai décidé de poursuivre mes études supérieures à Paris. J’ai intégré un double diplôme de pharmacie et commerce grâce au partenariat entre la Faculté et Pharmacie de l’Université Paris-Sud et l’INSEEC Business School. Très rapidement, je me suis intéressée au milieu des startups et à l’innovation digitale dans le secteur de la santé. C’est ainsi que j’ai découvert la technologie blockchain qui m’a passionnée au regard de ses nombreuses applications en santé. Cela fait maintenant 2 ans que j’écris régulièrement sur ce thème, que je prends la parole lors d’événements et que j’accompagne des projets d’implémentation de cette technologie. Afin de mieux connaitre la réalité du terrain, j’ai réalisé des stages dans plusieurs entreprises comme Sanofi ou la startup de Fintech Humaniq à Londres. Cela m’a beaucoup aidé à comprendre les besoins des clients et le fonctionnement d’une startup.

Vous êtes Docteur en pharmacie industrielle, racontez-nous votre vie étudiante et professionnelle.

Cette année je suis en 5ème année de Pharmacie et je dois jongler entre mes cours à la faculté, mon stage hospitalier et ma société. Le plus important c’est de savoir s’entourer de personnes qui vous soutiennent dans vos différents projets et j’ai eu la chance d’en rencontrer au sein de chacune de mes activités. Par exemple, à l’hôpital, j’ai été autorisée à mener une enquête sur l’utilisation de la blockchain pour améliorer les processus des essais cliniques. Cela me permet d’allier mon stage étudiant et mon activité professionnelle.

J’ai en effet co-fondé cet été, après 2 ans à étudier la technologie blockchain dans le secteur de la santé, la société « 23 Consulting » qui s’est imposée face à la demande croissante que nous avons connu de la part des acteurs de l’industrie de la santé qui souhaitaient bénéficier d’un accompagnement sur la technologie blockchain. Nous travaillons principalement avec des laboratoires pharmaceutiques et des startups mais plus récemment, nous avons été sollicités par des hôpitaux et des pouvoirs publics, curieux d’en savoir plus sur cette technologie. Nous proposons des formations (nous sommes un organisme de formation certifié), de l’accompagnement et du développement pour toutes les organisations souhaitant comprendre et expérimenter la blockchain.

Notre force est que l’équipe est constituée majoritairement de pharmaciens, ce qui nous permet de mieux comprendre les attentes, les enjeux et les problématiques de nos interlocuteurs qui évoluent dans le secteur de la santé. Selon les besoins du projet, nous travaillons également avec un réseau international d’experts de cette technologie. Cela nous permet d’être la seule société sur le marché à proposer une expertise à la fois « santé » et « technique ».

Vous êtes aussi intervenante TEDx et vous êtes à ce titre intervenue lors du TEDxSaclay « Au service du vivant » le 30 Novembre dernier, que retenez-vous de cette expérience ? Quelles sont vos impressions ?

Les conférences TEDx sont des événements à part, très différents de toute autre conférence que j’ai pu faire. Le public dégage une énergie impressionnante qui permet un vrai moment de partage avec l’intervenant. On ressent leur curiosité, leur ouverture d’esprit et leur bienveillance. Tout le monde joue le jeu et c’est très agréable de pouvoir transmettre sa passion à un public qui en redemande.

Au-delà de l’euphorie au moment de la présentation, TEDx représente beaucoup de travail en amont. Tous les intervenants ont été coachés par des professionnels pendant plusieurs mois avant le grand événement. Nos textes, ainsi que la mise en scène, ont été imaginés et travaillés pour transmettre au mieux notre passion au public. L’équipe organisatrice a un grand rôle de soutien et d’accompagnement pour chacune des étapes de cette expérience et cela a fait toute la différence. TEDx Saclay est un vrai travail d’équipe.

Crédit photo : TEDx Saclay

Vous avez notamment abordé la notion de « confiance », pour quelles raisons le grand public a autant de méfiance envers les industries pharmaceutiques ?

Je pense que les origines de ce manque de confiance sont multiples. La santé est un sujet très important et délicat et les patients ont raison d’être intransigeants sur la qualité des soins et des produits qu’ils prennent. Les laboratoires, de leur côté, n’ont pas toujours été irréprochables et cela a créé une vraie rupture de confiance entre les deux parties.

Cependant, au-delà des erreurs commises par l’industrie, les médias et Internet ont aussi un rôle important à jouer dans cette fracture. On accuse souvent les laboratoires de ne chercher que le profit au détriment de la santé des patients. Cela est appuyé par de nombreux scandales dans lesquels les industriels sont pointés du doigt. Or quand on travaille dans le secteur de la santé, on se rend compte que les sources d’erreurs sont multiples et que les coupables ne sont pas toujours aussi faciles à identifier. Il faut garder un esprit critique quant aux informations que l’on trouve sur Internet, notamment sur les forums ou les réseaux sociaux. Ils entretiennent, souvent à tort, des mythes négatifs sur l’industrie pharmaceutique.

Les blockchain ont-elles un rôle a joué pour réinstaurer cette confiance ?

La blockchain est une technologie qui permet à deux entités qui ne se font pas confiance d’échanger des biens et des informations dans un cadre très sécurisé. La santé est l’exemple parfait d’un secteur où de nombreuses parties prenantes doivent constamment interagir dans un cadre de confiance. Les laboratoires doivent commercialiser des médicaments suite à des essais cliniques fiables et ces produits sont acheminés vers le patient grâce à une chaine de distribution solide. Lors de chacune de ces étapes, de nombreuses données critiques sont produites et échangées. La blockchain permet de sécuriser ces échanges.

Si on peut garantir aux patients que leurs données sont conservées de manière sûre, que les essais cliniques se déroulent sans failles et que la chaîne de distribution ne peut pas être altérée, alors je pense qu’on tient un argument très solide pour un retour de la confiance. Évidemment, la blockchain n’est pas une solution miracle mais c’est une étape très importante vers une amélioration des rapports entre patients et industriels.

La Fondation Paris-Sud Université accompagne la Faculté de Pharmacie sur le projet Boussole car les étudiants PACES ne connaissent pas assez les différents secteurs des métiers de la Pharmacie notamment ceux de l’industrie et des hôpitaux. Si vous aviez un message à faire passer à ces étudiants sur les études et les métiers de la pharmacie, quel serait-il ?

Mon seul conseil serait d’être curieux. J’ai rapidement compris qu’à l’université, il ne fallait plus s’attendre à ce que l’on s’occupe de nous comme au lycée. Il faut devenir autonome et indépendant. Cela passe par une grande curiosité envers ce qui nous entoure. Il faut oser poser des questions, chercher les domaines qui peuvent nous intéresser, sortir des sentiers battus si on sent que les parcours plus « classiques » ne nous conviennent pas.

Enfin, j’ai appris ces dernières années que la formation de pharmacien est un atout indiscutable. Au début je ne comprenais pas quelle était ma valeur ajoutée par rapport aux autres professionnels surtout dans le secteur industriel. Mais j’ai rapidement compris qu’avoir une vision transversale du secteur de la santé et un réel avantage face à des profils plus spécialisés. Nous sommes capables de comprendre et parler à toute personne exerçant dans ce milieu.

Même si vous « débutez » votre carrière, que pensez-vous des réseaux professionnels ?

Tout ce que j’ai accompli jusqu’à maintenant je l’ai fait grâce à mon réseau professionnel. J’ai appris à utiliser les réseaux sociaux pour entrer en contact avec des personnes que je n’aurais jamais pu rencontrer autrement. Ces personnes m’accompagnent, me guident et me soutiennent dans mes projets. Savoir bien s’entourer est un élément indispensable à la réussite. Il faut accepter de demander de l’aide aux autres. C’est grâce à des personnes de mon réseau que j’ai pu découvrir la santé digitale, ou m’initier à la blockchain ou participer à TEDx Saclay.

L’Université Paris-Sud souhaite renforcer ses réseaux d’anciens diplômés, qu’en pensez-vous ?

C’est une excellente initiative. Les Américains misent beaucoup sur les programmes de « mentoring » (équivalent du parrainage) qui permettent aux jeunes étudiants d’être accompagnés et guidés dans leurs premiers pas dans la vie active. Cela peut vraiment faire toute la différence dans une carrière, il suffit de regarder l’histoire de Sheryl Sandberg (COO de Facebook) pour le comprendre. En France, les grandes écoles comme l’X ou HEC misent également beaucoup sur le réseau d’alumni pour soutenir les futurs diplômés.

Les anciens étudiants de la Faculté de Pharmacie peuvent donc être d’une aide incontestable aux actuelles promotions. Certains de mes camarades de 5ème année ont d’ailleurs pu trouver des stages ou du soutien dans leurs projets grâce au réseau d’anciens diplômés. C’est sans aucun doute une pratique à renforcer et à mettre en avant dès les premières années.

Dites-nous-en plus sur votre avenir professionnel.

Il y a encore un an, j’étais dans une situation très différente de celle d’aujourd’hui. Je n’avais pas encore créé ma société, parler à un TEDx été un rêve lointain et j’esquissais mes tous premiers articles sur le sujet de la blockchain en santé. Aujourd’hui je m’éclate dans ce que je fais. J’ai la chance de voyager pour faire des conférences, d’être sollicitée pour différentes publications et d’avoir la reconnaissance de mes pairs pour le travail que je réalise. Je n’en suis qu’au tout début du chemin et j’ai hâte de savoir ce que la suite me réserve. Alors quand on me demande ce que je pense faire dans 5 ou même dans 2 ans, je réponds que je ne sais pas. Les choses avancent tellement vite que prétendre tout maitriser serait un mensonge. Par contre, je sais exactement qui et où je veux en être dans 20 ans. A partir de là, il suffirait de garder le cap. En tout cas c’est ce qu’on m’a dit… RDV dans 20 ans pour le verdict.

Crédit photo : TEDx Saclay